A durée déterminée.

21h58, l’heure affichée au bas de mon écran à l’instant auquel ces quelques mots tapés sur mon clavier prennent vie peu à peu. L’heure de penser à la semaine qui va recommencer, le cœur gros de fermer une parenthèse de vie. Celle d’une fin de semaine entre copains, de celles qui vraiment te font te sentir juste bien.

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Quelques citrons, un peu de menthe et un soupçon de rhum… on croirait parfois que la recette du bonheur est aussi simple que celle d’un mojito. Si seulement, si seulement on se dit. Si on pouvait juste rester ici à l’infini, siroter des cocktails au bord du spa à une heure bien trop déraisonnable.

Ne pas se coucher avant d’avoir pu regarder le soleil se lever entre les arbres, sortir de l’eau alors qu’il ne fait que 10°C dehors, juste pour pouvoir immortaliser ce ciel au dégradé de milles couleurs. Avoir les paupières lourdes, mais résister pour profiter au maximum de ces instants qui ne dureront qu’un moment

Avoir le sentiment d’être là où on doit être, malgré tous nos doutes. Après plus d’un an loin de ma France et de ma famille, de mes amis, je ne vous ai jamais caché ma volonté de rentrer… un jour. Chaque jour un peu plus mon choix se confirme, et je sais que je serai d’autant plus heureuse de rentrer que je le suis d’être partie.

Car pour l’instant, cette parenthèse de vie qui est la mienne ici, ces week-ends intemporels qui jalonnent les saisons… je ne les échangerais pour rien au monde. Même si je sais que tous ces moments de bonheurs auront leur pendant de larmes au moment de partir, car comme le dit Elodie « Partir c’est mourir un peu ».

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Faire de nouvelles rencontres, faire une place dans son cœur à des amis formidables qu’on n’aurait sans doute jamais connu autrement qu’au Canada, c’est aussi ouvrir la porte à la souffrance des adieux qui viendront au moment de rentrer. Car faire des choix, c’est ouvrir des portes et en fermer d’autres.

Vivre cette expérience d’expatriation au Canada aura sans doute été l’un des meilleurs choix de ma vie. Même si cela signifie être éloignée de ceux que j’aime pendant quelques années, que tout n’a jamais été tout rose ou noir dans mon quotidien canadien, je sais que ce que je vis ici me changera à jamais.

Et même si comme le dit Camille, on pourrait refaire le monde avec des si, je ne changerais rien. J’ai longtemps regretté certain aspects de mon passé, mais aujourd’hui j’ai peu à peu fait la paix avec moi même, lâché prise ce ces événements que je ne peux contrôler à 100%, pour vivre tout simplement.

Si je n’avais pas perdu mon frère il y a 10 ans, peut-être n’aurais-je pas eu cette peur si viscérale de partir loin de ma famille, ce besoin constant de leur prouver mon amour. Si 4 ans plus tard je n’avais pas eu cet accident de voiture, peut-être aurais-je moins peur de prendre le volant aujourd’hui.

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Si j’avais perdu ma mère ou ma sœur à la suite de cet accident, terminé dans un fauteuil roulant, ou même mourut… Tellement de choses auraient pu être différentes. Si je n’avais pas ouvert ce blog. Si je n’avais pas eu le courage de partir au Canada. Si j’avais choisi de travailler dans un tout autre domaine…

Si je n’avais pas choisi d’être cette personne qui pardonne leurs erreurs à ceux qu’elle aime, et si j’avais préféré être rancunière, peut-être serais-je passée à côté d’une belle histoire. Si je n’avais pas blessé ce garçon peut-être nous parlerions nous toujours aujourd’hui. Qui peut savoir? Personne.

Et c’est bien pour cela que je ne regrette rien de ma vie. J’aurais pu être tellement de personnes que j’aime à croire que celle que je suis aujourd’hui n’est vraiment pas si mal étant donné les possibilités… On a qu’une vie et c’est justement parce que celle ci est à durée déterminée que nos choix sont si précieux.

J’aime celle que je suis devenue, et je sais que chaque erreur, chaque moment difficile aura eu à terme un impact positif car sans cela je n’aurais pas été la même. Peut-être une autre version de moi existe t-elle ailleurs, mais ce qui compte pour moi est d’être ici et maintenant celle que je suis, entourée par ces gens formidables que j’aime…

Et toi, que fais tu de tes regrets? 

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  • Très bel article, très juste, très touchant.
    Bises

  • Quel joli post. :)

  • J’essaie d’avoir le minimum de regrets. J’ai toujours eu du mal à faire des choix parce qu’effectivement, il y a des milliers de chemins possibles et tous ont leurs attraits et apportent leurs lots de soucis. Mais j’ai compris que la vie n’attend pas et que si tout pourrait être différent, l’important n’est pas ces « si », mais de profiter de ce que l’on est maintenant dans notre vie à durée déterminée (comme tu le dis si bien)…

  • moi les regrets je les laisse dans un coin, je les enferme dans une boite et je ne m’en occupe (presque) plus…
    pour moi un regret ne sert a rien… perdre du temps et de l’énergie sur quelque chose qu’on ne peut pas changer ça ne m’intéresse pas…
    certes il y a ben des choses auxquelles je pense mais je prefere me concentrer sur le present en me disant que si le passé avait été different, mon present le serait aussi surement..et ça je n’ai pas envie…

  • J’aimerais bien les balancer à la mer pour faire place neuve.

  • Magnifique article :)

  • Très joli post. J’aime quand tu laisses parler ton coeur… 
     
    Des bises

  • Quel hymne à la vie. Mes regrets font partie de mon histoire. Je reste persuadée qu’au moment où les décisions ont été prises, c’était le meilleures ! Alors oui, parfois ça me lance comme une vieille blessure. Mais la plupart du temps c’est là silencieux…

  • Très joli! J’ai la larmichette à l’oeil!
    Je pense que je vais me montrer arrogante et te dire que je n’ai pas de regrets. J’ai toujours écouter mon coeur (Lane va aimer) et suivi mes instincts. Je pourrai regretter d’avoir rater certains événements en étant à l’étranger, mais j’aurai regretté de ne pas être partie. Dans la vie, on ne peut pas tout avoir. Mais tout faire pour apprécier que l’on a, c’est ça qui compte finalement.
     

  • Tres bel article et tres touchant ! je pense qu’il faut que tu continues ta route et surtout je pense qu’elle sera très belle au vu des décisions que tu prends ^^

  • Beaux écrits, belles photos !
    Penses tu rester à Montréal ? ou tu souhaites rentrer ?
    Je fais référence à ce passage : »la souffrance des adieux qui viendront au moment de rentrer »
     
     

  • Très beau post, très touchant …

  • […] beaucoup relativiser, et si aujourd’hui je suis plus que jamais déterminée à profiter des derniers mois qui me restent au […]

  • […] dit là encore, tout ne s’est pas passé comme prévu… A la base prévu comme un week-end chalet dans le Vermont, suite à l’annulation de plusieurs amis, c’est finalement à une gang […]

  • […] fin d’une époque se profile… Le dernier chalet au fond des bois à refaire le monde jusqu’au lever du soleil, les derniers mojitos bus au bord d’un lac […]

  • […] dans mon cas je crois que si j’en profite autant c’est uniquement parce que je sais que cette expérience est à « durée déterminée ». A Paris, je suis montée pour terminer mes études puis j’ai commencé travailler sans […]

  • […] de boire des mojitos et autres cocktails sucrés, mais à part pour les occasions spéciales (ou les week-ends en chalet mais ça c’est à part ) c’est rare que je consomme de […]

Toi aussi laisse ton petit brin d'herbe...