Ma « retraite » en Thaïlande : pourquoi j’ai choisi de passer une semaine coupée du monde.

Je crois qu’un des premiers tords de notre société est de ne pas assez s’écouter. (que ce soit soi-même ou bien les autres ^^) De toujours en vouloir « trop », sans vraiment savoir pourquoi, sans trouver de réponses, mais surtout sans se poser réellement les bonnes questions. Moi la première, je me suis laissé prendre dans cet engrenage.

Depuis plus de 6 mois, soit depuis mon départ du Canada, je courrais. Pas qu’au sens propre malheureusement, non j’étais engagée dans un « marathon de voyage » presque aberrant. Quand je jette un regard sur ces derniers mois et mes pérégrinations, je ne peux désormais m’empêcher de penser qu’à trop vouloir être partout, je me suis perdue en route.

Canada, Inde, Allemagne, France, Italie, Espagne, France, Espagne, France, Grèce, France, Allemagne, Suède, Danemark, Belgique, Angleterre, Belgique, France, Canada, France, Italie, Thaïlande. Que cette liste est longue… Pour une voyageuse qui tentait depuis des mois de prêcher le « slow travel » quelle hypocrisie pourrait-on dire.

Pourtant je n’ai pas de regrets, car ces mois ont été emplis de belles rencontres, de proches avec qui j’ai eu la chance de passer plus de temps, et d’énormes apprentissages sur moi-même. J’ai testé mes limites, j’ai frappé le mur plusieurs fois, différents murs pour différentes raisons à vrai dire. Honnêtement, tout n’a pas toujours été tout rose, mais j’en ressors grandie.

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Je ne jugerai jamais ceux qui n’en n’ont pas l’envie ou l’opportunité, mais force est d’avouer que le voyage est une formidable école de la vie. En un an et demi de voyage au total, j’aurai changé plus qu’en des années avant cela. Avec les bons et les mauvais côtés que cela comporte, comme malheureusement de m’éloigner de certaines personnes chères à mon cœur.

Cependant, si ma « métamorphose » était déjà enclenchée, je n’avais jusqu’à tout récemment pas encore réellement trouvé ma voie. Du moins, je pensais l’avoir trouvée au travers du « nomadisme digital » qui m’apparaissait alors comme la solution idéale. Continuer de voyager, tout en gagnant ma vie grâce à ce blog, divers contrats de rédaction et projets annexes.

Honnêtement, je sais aujourd’hui que ce n’est pas pour moi. Du moins pas à temps plein. J’étais durant ces derniers mois arrivée à un « trop plein ». Un trop plein émotionnel et sentimental dont je ne parlerai pas ici par besoin de préserver ma vie privée. Mais aussi et surtout un trop plein de ce mode de vie « connecté ».

Devoir publier ma vie quotidienne sur Instagram était presque devenu une corvée, prendre le temps de me poser devant mon ordi pour travailler la dernière de mes priorités. Pourtant j’ai essayé, mais j’ai beau avoir la meilleure volonté du monde, je n’y arrive plus. C’est simple, je n’ai plus envie de vivre ma vie au travers de mon smartphone ou de mon blog.

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Alors oui bien sûr, si bien sûr que oui le blog va continuer. Il ne pourrait en être autrement, c’est mon « bébé » et il fait partie intégrante de moi. Je veux continuer à vous parler de ce qui me fait vibrer, de ce qui compte pour moi, vous faire rêver. D’ailleurs, j’ai déjà pris ma place pour assister au salon des prochains blogueurs voyage francophones à Bruxelles en avril 2016.

Non, ce que je remets en cause, c’est cette pression que je m’étais moi-même mise alors qu’une part de moi culpabilisait que le blog « n’avance pas » parce que je n’y consacrais pas assez de temps. Tandis qu’une autre partie n’arrivait tout simplement pas à s’imposer cette rigueur qu’impose la vie de « nomade digital ». Non, j’avais juste envie de vivre, sans contraintes.

Je vais être honnête, je me suis par moments presque comportée comme une adolescente, rejetant tout ce qui avait trait au fait de « prendre des responsabilités », esquivant parfois les conseils avisés de ceux qui me connaissent pourtant si bien, et surtout repoussant le moment de me poser les questions qui dérangeaient sous prétexte de « vivre dans le présent ».

Sauf que comme on me l’a fait remarquer, vivre dans le présent, ce n’est pas nécessairement faire n’importe quoi à un instant « T ». Non, c’est plutôt faire des choix avisés qui nous rendent heureux à court terme, certes profiter de ce moment présent, mais tout en ayant conscience que nos choix d’aujourd’hui auront des conséquences demain.

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Pour en revenir à nos moutons, c’est ainsi dans un contexte plein de doutes que je suis arrivée en Thaïlande. Et si comme à mon habitude, j’ai passé la première semaine entourée de visages familiers à ne pas vraiment me poser de questions, il en aura fallu bien peu pour que tout mon mal-être enfoui ces derniers mois finisse par ressortir en bloc.

Les émotions, les sentiments, c’est comme les ordures sur notre belle planète, on ne peut jamais les enterrer bien longtemps en espérant que cela n’aura aucune conséquence. Vient un moment où cette carapace de fille heureuse et bien dans sa peau se craquèle pour laisser place à une fille un peu paumée, fragile et complètement à nue.

Lorsque c’est arrivé, j’ai eu la chance d’être rattrapée au vol. Par une présence rassurante, par une soirée qui change les idées, par de nombreux skypes pour m’aider à mettre mes idées au clair… Jusqu’à ce que j’en arrive à la « solution » qui me pendait au nez depuis des mois : me poser quelque part et réfléchir ENFIN, à ce que je voulais faire de ma vie, où et avec qui.

C’est ainsi que j’ai décidé de choisir une île à l’opposé de la carte postale touristique bien connue des full moon parties. J’ai mis le cap sur l’île de Koh Phra Tong, située sur la côte Ouest, au nord de Phuket. Un havre de paix largement sous exploré des touristes, qui n’a d’ailleurs pas d’électricité courante ! (seulement 4 heures de générateur le soir)

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Y arriver était déjà toute une aventure, entre un premier bus de 6h depuis le sud de la Thaïlande (à la frontière de la Malaisie) jusqu’à Krabi, un second bus de 4h jusqu’à Khuraburi puis un trajet en moto, une heure de « banana boat » (un long bateau fin) dans la mangrove, puis encore 30 minutes de moto pour finalement arriver à mon petit bungalow.

Honnêtement, j’ai ainsi presque passé toute ma semaine échouée dans mon hamac. (telle une baleine sur un rocher, poésie bonjour) Mais à ma décharge, une blessure à la jambe – je vous raconterai plus tard cette aventure là ^^ - devait me forcer au repos bien malgré moi. Vous aussi vous croyez que jamais rien n’arrive par hasard ?

C’est de plus en plus mon crédo. Face à toutes ces coïncidences, je ne peux m’empêcher de penser que c’est la vie qui m’envoie des signes. A fortiori d’autant plus depuis quelques semaines où j’enchaîne les rencontres marquantes avec des personnes géniales. Et là, le message était assez clair : arrête de courir et réfléchis un peu.

Alors, c’est ce que j’ai fait. Je me suis reposée, j’ai pris soin de moi. J’ai même été jusqu’à m’octroyer un « luxe » que je ne m’étais pas permis depuis des mois : celui de ne pas mettre de réveil le matin. J’ai dormi, dans mon lit, dans mon hamac, jusqu’à « plus soif ». Et pendant mes phases d’éveil, j’ai réfléchis à ma vie, à ce qu’elle était depuis des mois et où je voulais aller.

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J’ai fait des listes, beaucoup de listes, à propos de tout et n’importe quoi. A propos de certains aspects de ma vie personnelle bien entendu. Mais aussi et surtout à propos de moi et de mes envies. Une liste en particulier m’a fait le plus grand bien à coucher sur papier : la liste de mes objectifs à court / moyen / long terme.

Sur les conseils d’une personne très chère, oser mettre des mots concrets sur des idées qui me trottaient en tête depuis des mois m’a aidé à remettre en contexte mes priorités. En a découlé de la façon la plus naturelle qui soit une volonté sans faille de maintenant œuvrer à mettre en place des actions concrètes pour réaliser ce qui me tient à cœur.

C’est ainsi que j’ai pris une des plus grosses décisions de ces derniers mois. A vrai dire, j’en avais déjà pris une de sacrée grosse décision qui allait impliquer le reste de ma vie en janvier dernier. Et je crois que c’est justement pour cela que depuis, je repoussais sans répits le moment d’à nouveau être confrontée au fait de devoir faire un choix.

Aujourd’hui, je suis désormais sûre de ce que je veux, et c’est pourquoi j’ai le courage de vous l’annoncer ici – en partie parce que vous aussi vous avez eu le courage de lire cet article jusqu’au bout : j’ai décidé de reprendre mes études à la rentrée prochaine. Dans un domaine complètement différent du blogging ou même de mon précédent métier de programmeuse.

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J’ai ainsi décidé de préparer le concours d’entrée à la formation de BP JEPS AGFF mention forme et force. Un diplôme d’un an en alternance qui aura pour but de me mener au métier de « coach sportif ». Alors bien sûr, j’ai des tests physiques à passer afin d’être sélectionnée, mais j’ai maintenant 6 mois devant moi pour me préparer et être au meilleur de ma forme !

Je ne vous cache pas que la décision n’a pas été facile à prendre. Moi la nomade depuis un an et demi, retourner pendant un an en France, à l’école qui plus est ? Cependant, mon amour grandissant pour le sport, et surtout mon envie profonde de partager cette passion, combiné au fait qu’en septembre prochain cela fera 2 ans et demi que je suis sur la route, m’ont convaincue.

J’ai testé, j’ai expérimenté, j’ai découvert ce qui m’allait, ce qui ne m’allait pas, ce qui comptait pour moi et aujourd’hui je pense être prête à retrouver une certaine « routine », mais dans le sens positif du terme ! Construire des relations plus profondes qu’en voyage, être présente pour ceux que j’aime, approfondir des passions comme la danse et la musique…

Alors certes, cela veut forcément dire mettre entre parenthèse ma vie de voyage pendant un an. Mais je me dis que le « sacrifice » en vaut la chandelle et que cela n’est que partie de remise car j’ai encore toute ma vie pour voyager, pas besoin d’être boulimique ! Au final, on pourra dire que cette semaine sur l’île m’aura été plutôt profitable !

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Une semaine loin de notre société de consommation, coupée du monde car j’avais fait le choix de ne pas toucher ni mon ordinateur, ni même mon smartphone. Mais pour autant pas totalement comme un ermite, puisque j’avais la chance de pouvoir passer mes journées à réfléchir tranquillement dans mon hamac tout en passant mes soirées en agréable compagnie.

En effet, étant la seule cliente en arrivant dans le resort, j’ai ainsi pu sympathiser avec un charmant couple de norvégiens avec qui j’ai aussi pu partir un peu à l’aventure sur la fin de mon séjour. Car oui, bien que l’île soit déserte et qu’on en ait vite fait le tour, il y a quelques activités qui valent le détour. Mais ça, on en reparlera !

En attendant, si certains d’entre vous ont des informations ou connaissent des gens qui ont fait la formation que je compte intégrer je serais très curieuse d’échanger avec vous sur le sujet ! Faut dire que je suis un peu du genre angoissée même si je crois fort en mes chances de réussite… Il faut dire que c’est un sacré défi pour moi.

Si cela vous intéresse également, je vous parlerai un peu plus en détails de cette fameuse île dans un prochain article car je pense que cet article est déjà bien assez long ainsi ! Chapeau si vous n’avez pas décroché en cours… En tout cas c’est promis, même si j’ai donc décidé de ne plus faire de ce blog mon « gagne pain », j’essayerai quand même de passer par ici un peu plus souvent d’ici là. ;-)

Merci d’avance de rester là à me lire malgré tout…

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  • Contente d’avoir un peu de tes nouvelles ma belle et je sais qu’on se verra très vite et que tu me raconteras tout ça de vive voix. je t’envoie plein de bisous en attendant.

  • De la volonté, du travail, de la réflexion… Tu es totalement armée pour atteindre tes objectifs ! :)

  • Les psychologues doivent s’amuser à lire ces divans à toits ouverts, pardon, ces blogs. On y retrouve toujours les mêmes pseudo remises en question: ma vie numérique me pèse. je dois l’arrêter mais je ne peux vous abandonner public adoré!! C’est intéressant en tout cas. Merci.

  • Je me retrouve totalement dans ton article ! Bien que mon contexte soit un peu différent, il est vrai que l’on est tout le temps en train de courir. On ne se pose jamais, pour profiter, pour réfléchir ou pour ouvrir un peu les yeux et arrêter de regarder ses chaussures.
    Je suis partie en Crète il y a 2 semaines, sans mon ordinateur, coupée d’internet ou presque (j’utilisais mon smartphone de temps en temps pour les itinéraires). Cela m’a permis de tout simplement m’arrêter, profiter et regarder autour de moi (ce que je prends rarement le temps de faire).
    Cette semaine m’a permis de me reconnecter à moi-même et de ré-harmoniser ma vie (en plus de prendre un peu de soleil :) )
    Bref, que du positif !

    Pour le coup, tu vas te poser dans quelle ville pour ta formation ?

    Anne-Laure

  • Petite réponse à Masson
    Certes « les psychologues doivent bien s’amuser à lire ces divans à toits ouverts » mais s’ils rient, ils doivent « rire jaune » comme on dit car ce sont pour eux autant de clients potentiels en moins !! Mais peut-être peuvent-ils se poser la question du pourquoi certains préfèrent confier leur
    « pseudo » ou pas remise en question à la grande toile plutôt que de s’allonger sur le divan d’un psy… qu’il soit …chiatre ou … chologue, en tous les cas ce n’est pas la Sécu qui s’en plaindra que certains préfèrent s’épancher sur le net !! De plus, personne n’est obligé de lire quelque blog que ce soit, dieu merci, chacun a son libre arbitre, tout comme rien n’oblige qui ce soit à tenir un blog.
    Internet est incontournable aujourd’hui, certes, on y trouve le meilleur comme le pire ! Et qu’il puisse servir de « divans à toits ouverts » n’’est certainement pas la pire de ses applications et pour ma part, je ne me permettrai pas de juger ce phénomène si cela permet au plus grand nombre de communiquer, beaucoup de ces blogs ne sont rien d’autre que des espaces de parole ou chacun apporte son expérience, ses réflexions, ses idées à condition bien sûr que l’anonymat n’engendre pas la critique facile. Par conséquent, passez votre chemin si vous n’avez pas de remarque constructive dans un sens ou dans l’autre à émettre, dire des banalités dont tout le monde est conscient (y compris ceux qui participent à ces blogs), ne fait pas avancer le « smilblick » comme on dit souvent.
    A bon entendeur, salue !

  • Ca fait rêver !

  • Vraiment agréable de lire ton blog. J’ai fini mon diplôme de BPJEPSAAN donc de maitre nageur, mais eu niveau du tronc commun on est pareil que les BP AGFF. Donc vraiment, no stress. La formation est vraiment sympa et pas difficile. Il faut juste bien se maintenir niveau forme physique. Pour ce qui est du reste, ça vient tout seul au cours de l’année, assurer des séances en face d’un public etc….choisis bien ton tuteur et l’endroit où tu veux faire ton stage, c’est vraiment là bas que tu apprendras tout.

    Bonne journée et bon courage;

  • […] ma « retraite » en Thaïlande et les décisions qui ont suivies, je me suis aperçue que la soif de découverte n’était […]

  • Merci pour ton histoire, c’est toujours interessant de lire des refexions comme les tiennes !

  • Oui les blogueurs devraient avoir un régime spécial à la Sécu. C’est sans doute pour beaucoup une bonne façon d’exprimer et partager des sentiments qui autrement resteraient enfouis. Et comme dirait Shrek… bon ok, j’arrête. En tous les cas à tous merci pour ces partages. Philippe

Toi aussi laisse ton petit brin d'herbe...