#JeResteAuSol : Pourquoi j’ai décidé de ne plus prendre l’avion !

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Né en Suède, le mouvement dit flygskam – littéralement la « honte de prendre l’avion » – est un phénomène qui illustre le sentiment de culpabilité que ressentent certaines personnes à l’idée de contribuer au réchauffement climatique à cause de l’impact écologique de l’avion. C’est ainsi que de plus en plus de suédois boycottent l’avion et préfèrent désormais se déplacer en train pour sauver la planète.

Personnellement, j’annonçais déjà ma résolution prise en septembre dernier d’arrêter de prendre l’avion dans cet article questionnant l’impact des blogueurs voyage sur le tourisme de masse et l’environnement, choix acté il y a bientôt 8 mois à mon retour d’Irlande. Une décision sur laquelle je ne me suis dès lors pas retournée, en ne mettant pas un pied à l’aéroport depuis et en ne comptant pas le faire à nouveau de sitôt !

Flygskam : la « honte de prendre l’avion »

Un choix que je ne suis d’ailleurs pas la seule à envisager, puisque sur un échantillon de 40 000 votants à un sondage en ligne, 59% des personnes se disent prêtes à « préférer le train à l’avion pour des raisons écologiques ». En ce qui me concerne, la réflexion d’abandonner ce mode de transport fut à la fois le fruit d’un changement de vie personnel en terme de rythme, et à la fois celui d’une démarche longtemps auparavant amorcée avec ce blog et dans ma vie quotidienne au travers du végétarisme, du local, du bio, du zéro-déchet…

Il m’aura certes fallu un certain temps pour arriver à une décision aussi drastique, mais la dissonance cognitive que je ressentais – bien avant même que ne soit médiatisé le flygskam – devait finalement me convaincre d’acter ce choix et ses conséquences. Car oui, opter pour des transports terrestres à la place de l’avion est souvent loin d’être confortable en terme de temps de trajet et de prix. Mais continuer les yeux fermés comme avant n’était plus une option.

Je crois d’ailleurs pouvoir dire que le point de non retour fut pour moi de calculer mon jour du dépassement. Le jour du dépassement – en anglais Earth Overshoot Day – correspond à la date de l’année à partir de laquelle l’humanité est supposée avoir consommé l’ensemble des ressources que la planète est capable de régénérer en un an. En comparant celui basé sur mon mode de vie en 2018 à celui dans lequel la seule différence serait de ne plus prendre l’avion, le choc fut au rendez-vous.

C’est simple, en 2018 celui ci se situait aux alentours du 17 avril, ce qui veut dire qu’actuellement je serais déjà en train de consommer de manière irréversible les ressources non renouvelables de la Terre. Tandis qu’un an plus tard, en ayant juste arrêté de prendre l’avion, ce même jour passe aux alentours du 5 novembre ! Ce n’est pas encore parfait, mais l’impact n’est pas négligeable. Pour information, en 2018 le jour du dépassement moyen d’un français se situait au 5 mai quand celui d’un vietnamien se situait au 21 décembre…

Quel est le moyen de transport
le plus polluant ?

A l’échelle mondiale, le transport représente environ 20% des émissions de gaz à effet de serre aujourd’hui, la France n’étant pas en reste puisqu’elle tourne elle même plutôt autour des 27%. Si c’est le transport routier à lui seul qui est responsable de près de 15% de ces émissions, l’avion qui n’est quand à lui qu’à 3% aujourd’hui fait l’objet d’une prévision de 22% à l’horizon 2050, plutôt inquiétant non ?

Lors du choix d’un moyen de transport en fonction de son impact écologique, on peut observer la quantité de CO2 rejetée par km et par type de transport, ce qui permet d’en déduire l’efficacité énergétique. En me basant sur les chiffres issus des recherches d’Emma à l’occasion de son article « Quel est le mode de transport le plus écologique ? », voici un aperçu de l’impact de chaque moyen de transport :

Avion : jusque 350g CO2/km
Voiture : environ 170g CO2/km
Bateau (type cargo ou croisière) : 60g/Co2
Bus : 60gCO2/km
Train : moins de 10g CO2/km

Quand on sait que s’il voulait vraiment lutter contre le changement climatique un français devrait limiter son « budget carbone » annuel à 1.22 tonnes par an et par habitant, et qu’un vol Paris-New York en avion émet environ 1 tonne de CO2, on constate qu’il est facile de l’exploser rapidement ! Surtout quand on sait qu’en étant végétarien, une alimentation sans viande sur un an permet d’économiser jusqu’à 1,6 tonne de CO2, ce serait dommage de faire partir tout ça en fumée, non ?

Comme on peut le constater, l’impact de la voiture personnelle dépend en grande partie de si le conducteur est seul à l’intérieur, ou pratique le covoiturage, auquel cas son impact est très largement diminué ! De manière générale, moins on veut polluer plus on privilégie un transport collectif qui consomme peu de CO2.

Pourquoi ne coûte t-il pas plus cher
de prendre l’avion ?

Si tu te demandes pourquoi il est aujourd’hui souvent moins cher de prendre l’avion que le train, il faut jeter un œil du côté de la convention internationale de Chicago sur l’aviation civile, ratifiée par la France en 1944. Celle-ci avait à l’époque avait à l’époque pour objectif de favoriser l’essor du trafic aérien et c’est grâce à – ou plutôt “à cause de” – elle que le kérosène bénéficie d’une exonération fiscale. Plutôt réussi non ?

Le kérosène est ainsi le seul carburant issu du pétrole qui est exonéré de taxes, échappant à la fois à la TVA et à la TICPE (Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Énergétiques, une taxe qui porte sur les produits pétroliers lorsqu’ils sont destinés à être utilisés en tant que carburant ou combustible de chauffage). Si un vote unanime des 191 États membres de l’organisation de l’aviation civile internationale serait indispensable à toute remise en cause du texte, il faut noter que ce dernier ne régit que les vols internationaux et qu’il serait donc possible d’agir au niveau des vols domestiques.

Par exemple la Suède a récemment introduit une taxe écologique sur le transport aérien et de plus en plus de pays plaident pour la mise en place d’une taxe européenne sur le transport aérien afin de lutter contre le réchauffement climatique, et de nombreuses propositions fleurissent de part et d’autre. Par exemple, des députés des Pays-Bas proposent tout simplement de supprimer les vols Amsterdam-Bruxelles qui sont considérés comme une absurdité environnementale.

Quand on sait qu’en France, les vols intérieurs représentent 20% du trafic aérien du pays, on se dit qu’il serait déjà possible de diminuer la part de l’aérien pour ces trajets qui pourraient bien souvent être réalisés de manière aussi – si ce n’est plus – performante en train. Faudra t-il en arriver un jour à limiter le nombre de voyage en avion autorisé pour chacun comme le propose un député écologiste allemand qui suggère de limiter à trois le nombre d’allers-retours en avion par an et par personne ?

Quelles sont les alternatives à l’avion ?

Selon l’enquête nationale 2017 de la direction générale de l’Aviation civile auprès des passagers aériens, en France, 49% des voyages sont pour des vacances ou des loisirs, contre 28% pour des motifs professionnels et 22% pour des motifs privés (visite à des amis ou de la famille). Ce qui veut donc dire qu’il existe plusieurs leviers sur lesquels jouer pour changer notre rapport à l’aérien.

Presque 1 vol sur 3 dans un cadre professionnel, cela veut dire qu’il est aujourd’hui temps de repenser notre façon de travailler. A l’heure du télétravail et des conférences virtuelles, on peut légitimement se questionner sur la légitimité de faire se déplacer quelqu’un en avion, généralement qui plus est pour de très courtes périodes. Peut-être est-il temps de repenser tout cela, en trouvant soit des compétences en local, soit en organisant des interventions virtuelles, ou en dernier cas lorsqu’un déplacement est obligatoire en privilégiant le train !

Je serai la dernière à juger quiconque se déplace pour voir de la famille et des amis car notamment lorsqu’on est expatrié, je sais combien il est difficile d’être loin de ses proches. Ce sur quoi nous pouvons par contre agir, c’est en ce qui concerne le sujet des vacances ! Que faire en tant que voyageur ? Faut-il vraiment en arriver à se priver de voyager ? Je suis partisane du fait que le voyage est un formidable outil d’ouverture au monde et qu’il serait dommage de se priver…

Mais par contre, il est tout à fait possible de voyager différemment ! Et c’est pourquoi notamment pour les transports où il est tout à fait possible de se déplacer en transports terrestres (train, bus, covoiturage, vélo, marche…), j’incite fortement à boycotter l’avion, et notamment les vols low costs. Je ne vais pas m’étendre plus longuement ici car je prépare un long article à paraître dans quelques jours sur le sujet du voyage éco-responsable, où je détaille tout et notamment la notion de “voyage slow” !

Mes engagements personnels

  • Privilégier le #VoyageSlow, c’est à dire le voyage en mobilité douce où on prend le temps, et me rendre sur une destination pour une durée minimum de deux semaines (exit les week-ends de deux jours à l’autre bout de l’Europe ^^) comme en janvier dernier où j’ai passé tout un mois à Porto.
  • Rester en sol en utilisant uniquement des transports terrestres ou maritimes à voile (les bateaux de croisière c’est niet !) et cultiver le fait d’utiliser des moyens de transports alternatifs tels que le vélo comme lors de mon séjour au Pays de Bitche, la marche à pieds ou l’auto-stop !
  • Ne plus prendre l’avion pour de courtes distances et boycotter les low costs, en me réservant uniquement le “joker” de prendre un vol long courrier de manière très exceptionnelle une fois tous les deux ans dans le cadre d’un voyage de plusieurs mois. (comme pour l’Amérique du Sud où je prévois d’aller en voilier d’ici quelques années mais où j’envisage de rentrer en avion si la fatigue se fait ressentir au bout de quelques mois)
  • Ne plus accepter de blogtrips qui m’envoient pour quelques jours en avion à l’autre bout de la planète, en refusant toute collaboration qui correspondrait pas à mon éthique du “voyage slow”.

Bien entendu, je garde l’option de prendre l’avion en cas d’urgence absolue telle qu’un problème de santé ou une urgence familiale, mais tu l’auras bien compris, j’appréhende mes voyages d’une façon complètement différente aujourd’hui ! Je fais désormais des choix plus conscients, et c’est volontairement que je refuse maintenant certaines propositions de voyage si je considère que le déplacement est trop long par rapport au temps passé sur place.

Sans dire aujourd’hui à tout le monde d’arrêter de prendre l’avion, ce que je souhaite, c’est planter en chacun la petite graine de la réflexion. Que lors du choix du mode de transport ou de la destination de ton prochain voyage, tu te poses la question : dois-je impérativement prendre l’avion ou ais-je l’option de faire les choses différemment ? Loin de moi l’idée de te culpabiliser, mais si la question peut trotter dans un coin de ta tête, je serai heureuse de ce que j’aurai transmis comme valeurs !

Quelques lectures pour aller plus loin

Et toi, serais-tu prêt.e à arrêter ou diminuer
de prendre l’avion pour la planète ?

2 Commentaires

  1. J’avoue que je ne comprends déjà pas pourquoi on autorise les vols internes en France, en max 4h en TGV, le pays est traversé! Mais ça nécessite de développer les infrastructures publiques et de soutenir un changement politique. Je pense que cette problématique va au-delà d’engagements personnels, c’est une nécessité collective qu’on devrait imposer…

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