Île Maurice : Le Morne Brabant, une randonnée chargée d’histoire !

0

Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2008 sous le nom de “Paysage culturel du Morne“, le Morne Brabant offre une randonnée sur l’une des montagnes les plus sauvages de l’île Maurice avec une vue à couper le souffle. C’est également un lieu de mémoire chargé d’histoire car à l’époque du marronnage, la montagne eut le rôle de refuge pour les esclaves qui choisirent d’y mourir en se jetant de la falaise plutôt que se laisser capturer par leurs maîtres…

Mais revenons au tout début de l’île Maurice ! Les Arabes furent les premiers à installer des établissements commerciaux aux Mascaraignes entre le 8ème et le 11ème siècle, après la conquête de l’Inde. Alors nommée Dina Robin, l’île aurait ainsi servi de refuge aux pirates arabes qui y cachaient leurs trésors, puis au début du 15ème siècle, ce sont les Portugais qui à leur tour entreprirent la conquête des comptoirs arabes dans l’Océan Indien.

Ce n’est finalement qu’en 1598, qu’une flottille hollandaise de la Compagnie des Indes Néerlandaise venant s’abriter dans une baie au sud de l’île Maurice au cours d’une tempête décida de rester pour s’y installer et donna le jour à Grand Port. C’est alors que le prénom du Prince Maurice de Nassau qui gouvernait alors les Pays-Bas fut choisi pour nommer l’île. Ces colons hollandais n’habitèrent réellement l’île que de 1638 à 1658, puis de 1664 à 1710, date à laquelle ils la quittèrent définitivement suite à une série d’intempéries et d’épidémies.

Quelques années plus tard, les Français prirent possession de l’île en la rebaptisant “l’Ile de France“ et c’est ainsi qu’elle devint une place forte et stratégique de l’Océan Indien. C’est notamment à ce moment que l’industrie sucrière prit son essor et que Port-Louis devint un port de commerce libre et un refuge pour les corsaires.

A l’instar des Néerlandais qui avaient alors déjà organisé des expéditions de traite à Madagascar, les Français ont eux aussi importé des esclaves en provenance du Sénégal et du Mozambique afin de les faire travailler dans leurs maisons et dans les champs. Face aux sévices corporels subis de la part de leurs maîtres, certains ont ainsi préféré fuir pour rejoindre la montagne nommée “Le Morne Brabant“ où ils ont trouvé refuge au Sud-Est de l’île.


On les appelait les esclaves « marrons », et à cette époque le « marronnage » tristement connu sous le nom de « chasse aux marrons » consistait en une prime versée pour tuer les esclaves s’étant enfuis. Il faudra attendre 1810 pour qu’après une première bataille perdue à Grand Port, les Britanniques débarquent sur la côte nord à Cap Malheureux, s’emparent de l’île, qui reprend alors son premier nom de Maurice et décident d’abolir l’esclavage !

Diplomates, les Britanniques victorieux laissèrent alors aux Franco-Mauriciens leur langue, leur religion, leur système juridique et leurs plantations de canne, ce qui explique le bilinguisme actuel. L’île Maurice restera ainsi une colonie britannique jusqu’en 1968 où elle acquit finalement son indépendance, avant de devenir une République en 1992. Mais diable, assez de politique, revenons en à l’histoire du Morne !

Pour les esclaves fugitifs vivant sur Le Morne, 1835 marqua une véritable tragédie au moment même où l’administration venait de décréter l’abolition de l’esclavage. En effet, alors que les soldats anglais grimpaient sur Le Morne Brabant pour aller à la rencontre des esclaves marrons et leur annoncer qu’ils étaient désormais libres, ces derniers prirent peur et contre toute attente eurent une réaction imprévisible.

Croyant que les soldats étaient venus dan le but de les capturer de nouveau, et ne voulant surtout plus revenir en arrière et servir leurs anciens maitres, ils préférèrent se donner la mort en se jetant du haut de la falaise. Une fin bien tragique quand malheureusement ces soldats étaient originellement venus en porteurs de bonne nouvelle, et qui teinta l’histoire du Morne Brabant d’un bien triste épisode.

 

Autant vous dire que lorsqu’on grimpe soit même cette montagne et qu’on prend conscience que ce chemin si escarpé était le lot quotidien des esclaves échappés à chaque fois qu’ils avaient besoin de se ravitailler en eau, on se sent bien humble… Il faut dire que la randonnée est pour le moins physique avec des passages à la limite de l’escalade où il faut redoubler de prudence, et arriver au sommet est quelque chose qui se mérite.

Autant la première partie de la randonnée qui est ouverte à tous permet déjà d’accéder à de belles vues sur l’île et n’est pas très exigeante physiquement grâce à son large sentier, autant mieux vaut être en forme pour la seconde partie de la randonnée. Cette partie de la randonnée est d’ailleurs uniquement accessible en présence d’un guide certifié, qui possédera la clef de la clôture grillagée marquant la séparation avec la partie accessible à tous.

Même si je suis d’habitude la première à préférer être autonome en randonnée, je ne saurais trop vous conseiller pour celle-ci de faire appel à un guide, et je vous recommande chaudement Rafiki de la société Yanature, également recommandée par Céline du blog Je Papote. (j’ai rarement vu un guide aussi passionné et passionnant, qui plus est un vrai mauricien pur souche, même si’il nous a appris que seulement 2% des mauriciens ont la peau blanche comme lui)

Ceci pour deux raisons simples : c’est tout d’abord dans un but de protection du site qu’a été décidé de restreindre cet accès. En effet, alors qu’une croix en bois était érigée au sommet du Morne Brabant en souvenir des esclaves y ayant trouvé la mort, celle-ci s’est peu à peu fait dégrader par les visiteurs, jusqu’à complètement disparaître il y a quelques années, ce qui a nécessité de construire une nouvelle croix, plus résistante et en acier cette fois ci.

Ensuite, il ne faut pas oublier que la montagne n’est pas un terrain de jeu. Bien trop de randonneurs peu expérimentés se lancent dans la randonnée en tongs ou autre chaussures bien peu adaptées, et n’ont aucune idée des techniques sécuritaires pour grimper et surtout redescendre, ce qui les met en danger. Descendre sans se mettre en danger, ça ne s’improvise pas, et s’il y a une clôture… c’est bien pour ne pas passer au travers d’un trou dans le grillage, on est bien d’accord ?

Longueur : 6km
Dénivelé positif : 490m
Durée : 3 à 4 h, aller-retour
Prix : 40€ (soit 1500 roupies) / personne

Niveau de difficulté : facile pour la base (chemin plat et large, peu demandant physiquement) et moyennement / assez difficile pour le sommet (très exposé au soleil avec des sections très à pic où l’utilisation des mains et de cordes mises en place est nécessaire)

Recommandations : randonnée à commencer tôt le matin pour éviter le plus fort du soleil / ne pas s’y rendre les jours de pluie car le terrain serait extrêmement glissant et la vue ne serait de toute façon pas à la hauteur / porter de bonne chaussures de marches et emporter avec soi de la crème solaire, de l’anti-moustique, un chapeau, de l’eau…

Disclaimer : mon séjour à l’île Maurice a été rendu possible grâce à l’invitation de l’office de tourisme de Madagascar et de Promotour Mauritius afin de promouvoir les possibilités de circuit combiné entre Madagascar et les autres îles Vanille, toutefois les opinions exprimées ici restent les miennes, honnêtes et sincères.

Laisser un commentaire