Le burn-out du voyageur…

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Quand parfois trop, c’est trop. Quand être sur la route, 24 heures sur 24 en action commencer à peser et qu’on aimerait juste se poser un peu… Relaxer, chiller, glander, prendre le temps de ne pas se poser trop de questions, laisser s’échapper cette pression du “voyage parfait”

Je pense qu’on part tous en voyage avec beaucoup d’espérances. Celle d’en prendre plein la vue, d’en profiter au maximum, d’être dépaysé, secoué de l’intérieur… Pourtant, rares sont les cas où tout se déroule comme prévu. Peut-être est-ce ça aussi cela la beauté du voyage me direz vous.

Ces rencontres imprévues mais tellement belles, ces situations rocambolesques dont on rira sûrement plus tard, parce que oui c’est sûr que sur le moment non-c’est-pas-drôle mais qu’au final c’est-pas-si-grave-on-survivra. Le temps permet toujours de relativiser, du moins un peu.

Et c’est là tout le “problème” de voyager sur une durée aussi longue. A avoir voulu planifier plus de 6 mois d’un coup, je me suis perdue en chemin je crois… Car non, on ne peut pas prévoir un voyage au long terme de plusieurs mois comme on prévoyerait un court séjour de seulement quelques jours.

En partant fin avril, c’est presque si j’aurais pu prévoir à l’heure près où j’allais me trouver 4 mois plus tard. Alors fière de mon planning tout propret, je m’en mors les doigts à l’heure actuelle… Car si j’ai oublié une chose importante lors de la préparation de ce road-trip, c’est bien la flexibilité.

Celle de pouvoir se dire “j’aime vraiment bien cet endroit, si j’y restais une semaine de plus”, parce que si ce n’est pas pendant un séjour long de même qu’on peut le faire, quand alors? Celle de se dire, “tiens j’ai rencontré cette chouette personne mais elle va à un endroit différent de moi, si je la suivais?”

Malheureusement, j’ai eu je pense, les yeux plus gros que le ventre. J’ai voulu voir trop de choses, trop vite. Même en ayant des mois et des mois devant moi, l’Amérique du Nord est grande et il était beaucoup trop ambitieux de vouloir absolument “tout voir”… Erreur de débutant sûrement, gloutonnerie voyageuse?

Je suis sensée avoir le temps, et pourtant je cours après le temps. Sans cesse et à tel point que non seulement je suis fatiguée mais que j’en arriver à oublier de plus en plus de choses, à stresser inutilement dès que tout ne tourne pas rond, sans être finalement moins stressée que je l’aurais été dans ma routine habituelle…

Je pensais avoir le temps de bloguer, beaucoup plus qu’avant. Au contraire, j’accumule le retard et je suis seulement en train de vous raconter le début de mon voyage. Et je ne parle même pas de mon carnet de voyage sur lequel j’ai 15 jours de retard… Je suis en “vacances” et je manque pourtant constamment de temps!

Et forcément, à un moment une pelote de nerfs, ça craque. Il m’aura finalement fallu à peine un mois de ce rythme là pour craquer et éclater en pleurs dans la voiture, quelque part sur une route sur l’île de Vancouver… Un trop plein d’émotions “négatives” en si peu de temps, de petits riens additionnés les uns aux autres qui m’ont poussée à bout.

Oublier mon pass annuel de Parc Canada dans la voiture de location à Jasper (150$ sur lesquels s’asseoir ça fait mal), le bus partant avec une heure de retard car il n’y avait pas de chauffeur, faisant craindre de louper le suivant, la perte tragique du paquet de mini carottes (sic ˆˆ), l’accueil pas aimable du tout dans une auberge…

… les changements de plan de dernière minute où on oublie d’annuler à temps des réservations, tous ces moments où on se dit qu’on perd de l’argent bêtement alors que justement on essaye de faire attention au budget… Toute cette pression qu’on se met sans même y penser, parfois trop, c’est trop…

On a beau se croire intouchable, je crois que notre humanité est à la fois notre plus grande force et notre plus grande faiblesse. Cette humanité qui nous fait pleurer toutes les larmes de notre corps devant notre impuissance à sauver ce petit Bambi qui s’est malheureusement jeté sous la voiture sans qu’on ait rien pu faire…

Cette impuissance de voir que sans soi, la vie continue pour ceux qu’on aime, ou on contraire s’arrête nette… Partir, c’est prendre le risque de ne pas être là, dans les moments heureux comme dans les moments de tristesse infinie. Partir, c’est un peu être égoïste, c’est penser à soi avant tout, malgré tout.

Voyager, c’est se trouver dans un wagon de montagnes russes 24 heures sur 24, avoir le coeur qui ballotte dans tous les sens, être étourdie, essoufflée parfois, avoir des doutes trop souvent et presque toujours les larmes au bord des yeux, de joie comme de tristesse. Voyager, c’est vivre à toute allure.

Voyager c’est vivre sa vie avec les sens décuplés…

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  • Ne t’en fait pas, comme tu dis, ce seront des moments “ce-n’est-pas-si-grave-on-survivra”! Quand tu auras accomplis ton voyage, tu te souviendras en priorité des merveilleux moments que tu as passé, et les autres seront une leçon pour la prochaine fois! Voyager, c’est ouvrir son coeur à de nouvelles émotions, c’est sortir de sa zone de confort sans savoir où on met les pieds, c’est prendre le risque de chambouler sa vie!
    Moi aussi j’ai eu des moments de pétages de plombs pendant ce road trip. Ne pas rester assez longtemps, devoir speeder pour arriver à temps à Montréal, se taper une tempête de neige un 17 Juin à Yellowstone (oui oui!!!), devoir lâcher 500 balles pour changer la pompe à eau de la voiture (moi aussi j’ai bien pleuré sur l’île de Vancouver 🙂 ).
    Quand à trop planifier (je t’avais dit que c’était intense et qu’il fallait penser flexible 😉 ), c’est normal d’avoir les yeux plus gros que le ventre quand on commence. Tu as planifié ce road trip depuis un moment, comment ne pas être excitée et avoir envie de tout voir? Tu adapteras ton rythme en temps voulu!
    C’est déjà super que tu puisses analyser aussi vite tes émotions et y mettre des mots! Cela m’a bien mis du temps avant d’y arriver! Tu es sensible, mais tu réussis à prendre du recul et c’est super. Je ne m’en fais pas pour toi, tu es simplement en train de vivre la complexité de la liberté 😉
    Bisous!!!

  • Oui, mais pense aux beaux souvenirs que tu es en train de te tricoter pour tes vieux jours ou tout simplement les jours à venir, ceux où tu ne pourras plus bouger autant à cause de ton travail, de tes enfants ou de ta santé et de mille autres choses qui se mettent tout à coup soudainement en travers du chemin. Quelques petits soucis matériels ne vont pas te gâcher la vie à ce point!! D’une petite mésaventure, il y a toujours une petite leçon à tirer et puis il n’y a pas de mal à “changer son fusil d’épaule” comme on dit et comme on dit aussi “il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis”. Dans beaucoup de mécanique, il y a un mode “pause”, il faut juste l’actionner de temps en temps, apprendre à vivre sans montre, enfin la regarder juste pour l’essentiel histoire de ne pas rater bêtement un train ou un avion!  Bonne continuation dans la suite de ton périple et no stress!!!

  • On idéalise tous nos voyages… on les rêve, on les sculpte, puis on les vit. Et ce qu’on vit est toujours différent de nos rêves. C’est ce qui en fait la beauté. Même les moments négatifs (maladies en voyage, problèmes de voitures, arnaques) font partis du voyage.
    On va toujours trop vite au début du voyage. Comme tu le dis si bien : la gloutonnerie voygageuse. Puis on se calme. On prend le temps de se laisser aller. De ne rien faire ( en Asie, je suis dans la meilleure école du monde de ce côté-là).
     
    Prends le le temps de faire des pauses, de prendre du temps pour toi et collecte tous ces beaux souvenirs qu’on l’on garde de nos voyages… tu vis quelque chose d’unique.
     
    Travel Safe 😉

  • Nous avons eu exactement les mêmes soucis lorsque nous avons fait notre road-trip en camping car au Canada : je voulais tout prévoir, au jour près, au centime près et dès le premier jour de notre road-trip pous avons du changer tout notre itinéraire car nous nous sommes rendus compte que le camping car était beaucoup plus lent et l’essence coûtait beaucoup plus chère que prévu ! L’amérique du Nord est tellement immense que le temps passe beaucoup trop vite et que cela donne la sensation qu’il faudrait étendre ses étapes à chaque fois de quelques jours supplémentaires… 
    C’est stressant, c’est frustrant mais ça fait partie du jeu et c’est ça aussi qui fait le charme des voyages ! Si on pouvait tout voir et si les imprévus n’existaient pas, on aimerait moins ça ! 😉 
    Très bon voyage à toi ! Bon courage, et profite bien de ces moments qui sont toujours trop courts 🙂 

  • Ton article est vraiment magnifique, très émouvant et, surtout, je m’y retrouve tellement… . J’espère que ça ira mieux par la suite et bon courage. 

  • Un voyage est épuisant je te l’accorde. Après un voyage en Russie de trois mois, je suis rentrée avec quelques kilos en moins ( moi qui n était pas grosse à la base déja et pourtant je mangeais gras la bas) et épuisée. J’en ai eu marre d’avoir toujours mon sac sur le dos. J’en avais marre de “galérer” à commander ce que je voulais manger, je rêvais de rentrer dans une boucherie et d acheter un steak en toute facilité. 
    Parfois je me disais ” merde aujourd hui je DORS je ne sors pas” . Ok on ratait une journée de découvertes, mais il faut aussi reprendre des forces. Comme tu dis la pression, le budget, l itinéraire qu on veut plus ou moins respecter. Il faut s’autoriser des entorses. Et craquer fait partie du jeu :-).
    Parcontre je te le dis direct j’ai été en quelques sorte “traumatisée” par mes peu de voyages car j’angoisse à moitié quand je me retrouve à nouveau avec un gros sac sur le dos aujourd’hui ou dans les mains ah ah ah. Ca me donne l’impression d’etre toujours instable, et je ne veux plus de tout ça. (même faire mon sac pour partir un week end!).
    Mais il faut qu on arrete avec cette rentabilité, à vouloir tout connaitre. Dans ma vaccination des voyages  ce qui a bien marché , outre le poids de mon sac sur le dos et attendre des heures dans les gares ( je ne supporte plus 😉 ) c’est d entendre les gens parler de leur voyage dans le métro ou ailleurs, suffisamment fort . Je trouve ca ridicule.
     
    Mis ca c est un liberté qu on a besoin de connaitre. Je ne pensais pas que ca changerai un jour :-).
     
    Un voyage selon moi c’est égoiste, ce n’est pas quelque chose que l on partage. On le  vit et on suit son chemin voila.

  • zut j avais écris un commentaire et ca ne semble pas avoir fonctionné….

  • […] Déjà 4 mois. 4 mois que l’expression « chez moi » n’a plus vraiment de sens. 4 mois que je n’ai pas passé plus de 5 nuits d’affilée au même endroit. 4 mois de joies intenses, de peines aussi parfois, de doutes souvent. Si vous me lisez un peu, vous le savez déjà, j’ai par moments été sur le point de craquer… […]

  • […] en être rendue à nouveau au point du burn out, je sens que je n’apprécie plus ce voyage de la même façon. Je ne suis plus aussi ouverte, […]

  • […] vécu 6 mois intenses, avec des hauts et surtout avec des bas. Aujourd’hui, j’avais besoin d’une pause, de revenir à Montréal, […]

  • […] le deuil de ce « voyage parfait » dont j’avais si longtemps fantasmé. J’ai compris – un peu à la dure certes – qu’il était difficile de tout vouloir contrôler, et que c’était aussi là le […]

  • […] Un trop plein d’émotions presque impossible à décrire, ce même sentiment qui revient me hanter à chaque fois que je reprends la route, cette impuissance à trouver les mots pour décrire ce que […]

  • […] il ne m’aura pas fallu plus d’un an pour passer non loin de faire à nouveau un burn out du voyageur… Sur ce point là, on peut s’accorder que je n’ai pas changé. Je veux toujours […]

  • […] essaye de nouvelles choses, qui parfois marchent, ou parfois ne fonctionnent pas du tout. On fait des erreurs, parfois plus souvent qu’on le voudrait […]

Toi aussi laisse ton petit brin d'herbe...