Le malaise.

C’est tu moi qu’ai changé? C’est tu toi qui m’a changé? J’suis plus bien sûre. Tu sais, d’être finalement rentrée, comme j’ai tant souhaité ces semaines passées, ça fait du bien. Pas tout à fait comme de rentrer à la maison pour vrai, parce que y a pas ma gentille maman pour me gaver de tartiflette et fromage de chèvre… Mais un peu quand même.

J’ai le cœur plus léger, un peu. De retrouver les gens. Ceux qui ont pris de mes nouvelles au fur et à mesure des semaines. Les autres qui font comme de si j’étais partie hier, pis tu sais quoi, c’est pas grave, je suis contente de les revoir pareil. Contente de revoir des visages familiers, des sourires, des yeux rieurs qui me reconnaissent, me questionnent.

C’est là que ça bascule d’ailleurs. Parce que tu sais pas par où commencer, après tout, t’en as vécu des choses pendant 6 mois, ça s’peut pas de tout déballer de même en 3 minutes montre en main. Nan, pour le raconter ce voyage, ça prend du temps, pis l’envie d’écouter de l’autre bord. C’est là qu’ça fâche, tu sais bien. Ils sont pas tous prêts à écouter.

Alors bien sûr, y a les amis, les vrais, qui sont juste contents de te revoir. Ceux pour qui tu sais qu’ils n’attendent pas forcément que tu racontes tout, tout de suite, mais à qui t’auras envie de confier ce que c’était de voyager. Tes p’tites galères qui te font maintenant rigoler, parce que ouais avec le recul, c’est toujours plus facile…

Et puis il y a les autres. Ceux qui te demandent ce que t’as fait ces 6 derniers mois, mais qui ne veulent pas vraiment entendre la réponse. Ceux qui en sont toujours au même point, ceux là même dans les yeux desquels tu lis ce que tu penses être une pointe d’envie. Et toi, t’es juste un peu maladroite, tu sais pas trop quoi leur dire.

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T’essaie de minimiser un peu l’expérience que tu viens de vivre, parce que tu veux pas trop en rajouter, histoire de pas paraître pédante. T’as beau essayer de t’intéresser à eux en leur demandant ce qu’ils ont fait eux de leur côté, tu te sens plus mal à l’aise qu’autre chose parce qu’eux même ne considèrent pas avoir grande chose à raconter…

C’est là que le malaise s’installe. T’as beau y réfléchir, tu sais pas dans quels sens les prendre ceux là. Tu sais à vrai dire plus vraiment comment réagir en “société” avec ceux qui ont fait un choix de vie différent. Tu te surprends à ne pas savoir quoi dire dans certaines discussions, toi qui était intarissable pendant ces derniers mois.

Tu te sens si loin de ces discussions de comptoir à propos de visas canadiens, ça ne te concerne plus. Tu te retiens aussi de commenter quand tes amis parlent avec extase d’un zoo qui te semble bien plate quand tu sais que ces animaux là, tu as eu la chance de les voir dans la nature et que c’est tellement mieux ainsi…

T’en culpabilises parce que tu veux pas ramener ta fraise et sembler hautaine. Alors tu ne dis rien, ou alors tu fais semblant, parce que tu n’es pas sûre qu’ils puissent comprendre. Peut-être as tu tord? Tu ne sais pas. Tu ne sais plus. On te demande comment c’était et tu aimerais trouver les mots, expliquer à quel point ces mois t’ont chamboulé…

C’est dur parfois, de voir qu’à la fois tout et rien n’a changé pendant que tu es partie. Ça prend du temps de se réadapter, tu ne sais pas si tu es capable. Alors tu laisses faire, tu te poses pas trop de questions, tu prends les choses comme elles viennent. Parce que tu sais au fond, que ceux qui doivent comprendre, te comprendront toujours…

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  • Merci pour ton article qui a mis des mots sur quelque chose que je ressens depuis que je voyage beaucoup…cette impression de rapports distanciés avec les autres juste parce qu’on n’a plus les mêmes intérêts au premier abord…

    • @EmilieSunny c’est là qu’on se rend compte de ceux avec qui on a justement vraiment des atomes crochus, au delà du premier abord!

  • Sans m’être expatrié ou avoir fait de tour du monde, je comprends très bien ce que tu veux dire. Et à chaque fois je repense à cette scène de l’Auberge Espagnole, où Romain Duris est assis dans sa cuisine, ça mère lui dit « Mais c’est tout ce que tu racontes ? », « Ben tu sais 1 an c’est court ».
    Tout ça pour dire que dans ce genre de situation on se retrouve dans une bulle. C’est dur d’y faire rentrer les gens, et c’est tout aussi difficile d’en sortir.

    Faut trouver le savant dosage pour, en effet, ne pas paraitre pédant, mais pour expliquer qu’il s’est passé beaucoup de chose et qu’il est difficile de tout raconter comme ça, de le cracher en un bloc.
     
    Puis en effet tu as ceux qui te posent la question par politesse et qui n’écoutent pas la réponse par jalousie…

    Enfin bref c’est un drôle de sentiment pas facile à décrire ni même à gérer. 

    • @Retour du Monde oui c’est un peu ça, je pense que je suis encore dans ma bulle, après va t-elle éclater ou non, c’est toute la question…

  • Je connais ça… après tous mes voyages et toutes mes expatriations, j’ai ressenti la même chose que toi à chaque retour. Il y a l’incompréhension. L’envie. Il y a tout de même ceux qui posent de vraies questions. Qui s’intéresse vraiment à ce que tu as vu et ressenti. C’est comme ça et tu ne peux rien y faire. Tu as vu et vécu des choses que ces personnes n’ont pas connues. 
    Les  seules qui comprendront sont ceux qui ont fait le même voyage ou un autre voyage tout court… 
    Ca prend du temps de “rentrer” alors prends ton temps 😉

    • @Aurélie merci, ça fait du bien d’avoir d’autres témoignages et de voir que je ne suis pas seule à ressentir ça…

  • Je comprends à 100% ce que tu ressenti, d’ailleurs c’est ce que j’ai essayé décrire dans mon article sur le retour. C’est pas évident de revenir alors que tant de choses se sont passées. Et finalement c’est un peu la qu’on se rend compte de l’impact qu’à eut le voyage! Prend ton temps pour t’adapter et décider quoi faire ensuite! Bisous ma belle

    • @Planet Addict et oui, on ne rentre jamais indemne d’un voyage il faut croire!

  • Wow. Tellement. Il n’y a pas de mots… Mais je me rends compte que tu as mis en mots ce que je ressentais et ne savais pas trop comment décrire.

    • @Jennifer faut croire que des fois j’ai de bonnes inspirations pour écrire et trouver les mots justes. 🙂

  • Très bel article, quoi qu’un peu déstabilisant 🙂 Même si je n’ai pas eu mon retour, je comprends déjà ce que tu ressens : quand on me demande comment ça se passe au Canada, ben dur dur de répondre. En général je raconte ça en 2 lignes. Par où commencer ? Qu’est-ce qui intéresse vraiment les amis ? Ce qui fait notre aventure ce sont des tas de détails, et mis à part quelques rares personnes, je ne vois pas tout raconter en détail à tout le monde. Finalement, le blog reste mon meilleur moyen de m’exprimer. Tu veux savoir, tu vas lire, ça ne t’intéresse pas, pas grave 🙂
    D’ailleurs j’aurais bien aimé en savoir plus sur votre voyage, mais j’ai bien compris que ce n’est pas facile à raconter en 3 minutes comme tu dis. Il faudrait que tu organises une soirée “spécial débriefing de votre voyage” !! Ça serait cool :))
    Bisous !

    • @Laulinea c’est sûr que le blog est un moyen de simplifier ça, sauf que je suis tellement en retour pour raconter mes aventures lol que du coup les gens me posent quand même la question… ^^ Quand à organiser une soirée debriefing lol, va falloir que je trie mes photos avant hu hu! (des heures de bonheur en perspective à trier tous ces gigas lol) =D

  • Tellement d’accord avec tout ça. Et ça s’applique au dela du voyage, dans la vie des tous les jours. Avec les gens qui ne font pas forcément beaucoup de choses ou qui ont une vie calme, alors que toi tu fais plein de trucs et que tu te mets toujours en difficulté (nouveau challenge pro, nouveau boulot, déménagement, ou je ne sais quoi d’autre…).
    En tous cas c’est tellement vrai…
     
     

    • @MamzelDree eh oui, je cherche toujours à me mettre en difficulté, sinon c’est pas marrant! 😛

  • […] je me suis prise quelques claques. Cette claque de quand tu avais un peu trop idéalisé ce que serait ton retour. Cette tristesse de […]

  • Oui c’est vrai que ca fait un peu pompeux tout ca. Je comprends car je me suis dis les memes choses. Je rentrée, et pour eux n avait rien changé, le fossé se creusait.
    Mais il ne faut pas le prendre comme ça
    Car tu vis des choses qu ils ne connaissent pas, certes.
    Et l inverse est peu probable.
    Mais d un coup ils avanceront d un bond, et toi tu te sentiras peut etre à la traine.

    En fait c est deux vie differentes qu il ne faut pas comparer. C’est ton choix de partir, c est le leur de rester. Mais on ne t envie pas forcement parceque tu pars, certains s en fichent, ca ne les interesse pas.
    Les voyages n ont plus rien d exceptionnels, tout le monde part partout, je ne connais pas une personne qui ne soit pas partie aujourdhui sac sur le dos.
    Et je n’ai plus envie de les suivre.

    Oui on ne raconte pas un voyage directement en rentrant. dailleurs limite c est egoiste, c est ton experience, tu n as pas forcement envie d en parler pendant des heures, et comme tu dis, il yen a trop a dire.
    Ca se raconte petit a petit je pense :-).

    Je n’ai plus envie de partir pour partir. Parcontre tes photos du Canada me donne terriblement envie d y aller. Et je pense que c est le mariage entre ce que tu montres et ce que tu en dis, ca semble si paisible, si sain !

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Toi aussi laisse ton petit brin d'herbe...