Ne grandissez pas, c’est une arnaque.

12

J’aimerais savoir quand c’est devenu compliqué d’être heureux. Simplement heureux, sans penser à rien, surtout pas au lendemain. Quand est-ce qu’on a perdu notre innocence d’enfant ? Le jour où on s’est rendus à la réalité qu’on ne pourrait jamais voler comme un oiseau ? Le jour où on a compris que les fraises tagada ne s’agençaient pas vraiment bien avec le camembert et les haricots verts ?

ne-grandissez-pas

Grandir ça craint. Quand on est enfant, on a peur de rien. La vie semble comme une douce évidence. Manger, dormir, sourire, on ne nous en demande pas plus. Et puis on grandit. Enfin, on vieillit. Nos parents, puis la société se mettent à placer tous leurs espoirs en nous. Avoir de bonnes notes à l’école, rester sage, faire la bise à nos grands parents aux joues qui grattent…

Réussir ses études, décrocher son diplôme, son premier emploi, le garder, rencontrer quelqu’un, acheter une maison, faire des enfants, divorcer, recommencer le cycle… On commence à vivre pour tous ces autres et c’est le début de la fin. On se force à rentrer dans ces petites cases qu’on nous impose. On oublie la première chose qui devrait compter : écouter nos envies.

Plus on devient grand, et plus tout semble difficile, voir impossible. On range nos rêves, nos espoirs au fond d’un tiroir. On remet le bonheur à plus tard. On se bride, on s’empêche de vivre pleinement nos émotions car c’est bien connu, il faut tout contrôler si on veut réussir. Mais réussir quoi, pourquoi ? A passer à côté de sa vie ? A se réveiller trop tard ?

J’aimerais parfois être toujours une enfant. Ne pas connaître le poids des responsabilités. Rire à gorge déployée et faire fit de toutes les convenances. Apprécier simplement le bonheur d’un instant parfaitement imparfait. Me départir de ce sentiment que la vie n’est pas simple et que je ne suis jamais à la hauteur, jamais capable de faire ce qu’on attend de moi.

time-limited-steve-jobs

Avec la connaissance vient toujours un poids à porter. Alors parfois, j’aimerais parfois ne pas savoir. Retomber dans cette douce ignorance et oublier que chacun de mes choix ouvre et ferme des portes. Croire encore un peu que tout est possible. Retrouver cet égoïsme infantile et occulter cette conscience que j’ai de faire souffrir les gens quoi que je fasse…

Je veux danser sous le ciel étoilé. Courir sous la pluie. Chanter à tue tête. Grimper dans les arbres. Tourner, toujours plus vite, toujours plus fort. Sourire plus que de raison. M’émerveiller de peu. Ne jamais avoir peur de blesser. Foncer dans le mur, même si ça fait mal. Monter dans ce train, dans cet avion et aller jusqu’au bout du monde, sans réfléchir aux conséquences.

Ne pas avoir à choisir et vivre mille vies. Continuer de faire de belles rencontres mais rester toujours présente pour ceux que j’aime. Ne jamais laisser la distance régir les battements de mon cœur. Garder dans mon entourage ces personnes belles et simples qui me donnent toutes les raisons du monde de rester, alors même que mon cœur est appelé ailleurs.

Chérir précieusement ces instants d’innocence partagés. De ceux où le souffle court et les larmes aux yeux, le temps semble s’arrêter. Comme si l’éternité savait que le bonheur n’attend jamais. Voir le monde avec mon âme et mes yeux d’enfants et continuer d’espérer au fond de moi que le meilleur reste à venir. Vieillir certes, mais ne jamais grandir.

12 Commentaires

  1. C’est tellement ça. Je ressens exactement la même chose. Surtout ces derniers temps quand je me dis “pourquoi je fais tout ça? quel est l’intérêt? Pourquoi est-ce que je me prends autant la tête? Oui, grandir fait se poser 36 000 questions, oui, les responsabilités sont là et on ne peut pas vraiment en échapper. Et même si on le faisait, même si on se disait “je m’en fous, je vais faire ce que je veux”, la société est là pour nous culpabiliser, pour nous faire entrer dans le rang….Tu as raison, continuer à avoir une lueur dans les yeux, à voir le monde avec une âme d’enfant…

  2. “Ne pas avoir à choisir et vivre mille vies.” J’aurai pu écrire cette phrase ! Faire des choix c’est renoncer a tellement de choses mais je crois que sans choix, on finit par ne rien faire…
    Très beau texte en tous cas !

  3. C’est étrange car j’ai eu une enfance tranquille, mais pas une enfance pétillante comme tu l’a décris. Du coup, oui être adulte comporte plein de galère, mais enfant on est dans un monde qu’on ne comprend pas avec énormément de contrainte, d’arbitraire L’impression de n’avoir prise sur rien du tout.
    Aujourd’hui il faut faire des choix, être responsable, mais ce sont nos choix et la plupart des responsabilités que nous avons en découle (en principe personne ne nous impose de fonder une famille, d’avoir un jardin immense à tondre, etc).
    Je fais la rabat joie, mais je n’ai pas l’impression d’avoir jamais eu une innocence d’enfant. Par contre je continue à m’émerveiller de pas grand chose et à croire que tout est possible (oui oui, même si après je suis assez déçue).

  4. Quel joli article ! “Apprécier simplement le bonheur d’un instant parfaitement imparfait.” Ca parait tellement simple et c’est pourtant tellement compliqué quand nos cerveaux alambiqués d’adultes se font des noeuds pour tout et surtout pour rien…

  5. Très beau texte. Tout à fait d’accord. Et voici que tu décris bien le problème des éternels voyageurs:
    “Ne jamais laisser la distance régir les battements de mon cœur. Garder dans mon entourage ces personnes belles et simples qui me donnent toutes les raisons du monde de rester, alors même que mon cœur est appelé ailleurs.”
    Mais franchement si les mecs étaient moins compliqués, la vie serait vachement plus simple!

  6. Whoow ! Merci pour ton article, il est génial !
    Redevenir enfant, c’est cultiver son hémisphère droit, qui nous rend plus créatif, plus imaginatif, et beaucoup plus sensible à nos sentiments et sensations.
    Les gens pensent que vouloir garder une âme d’enfant, c’est rester puéril. Alors on nous blâme de rester immature, d’être irresponsable, ou encore d’être atteint du syndrôme de Peter Pan.
    Mais pour moi, rester enfant, c’est avoir le pouvoir de ne pas succomber au désenchantement.
    C’est jouer à chaque instant de sa vie, être insouciant et innocent, et se faire des amis à chaque coins de rue.
    Les enfants ont tellement à nous apprendre, sur leur art de vivre.
    Encore merci pour cet article super qui donne la pêche !
    Don’t grow up, it’s a trap ! 😉

  7. Je ressens ça et surtout mon apparence me fait paraitre plus jeune ce qui me permet de jouer de mon ignorance le plus longtemps possible.

    Et puis malgré l’âge nous devons tous garder notre esprit rêveur et imaginaire afin de survivre au mieux dans le monde actuel de l’individualisme.

  8. […] Mais ce qui compte au fond, c’est d’apprendre de ces expériences là. Parce qu’au final, il n’y a aucun mal à se chercher, c’est même naturel et ce serait limite flippant si on savait dès le début où on veut mener notre vie… il n’y aurait alors plus aucune spontanéité ! Cette deuxième étape, c’est l’excitation, l’exaltation de la découverte, ce moment de sa vie où on se sent invincible… […]

Laisser un commentaire