Nos limites.

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C’est quoi une limite ? Est-ce que c’est quelque chose qu’on choisit de se donner nous même ? Quelque chose qui nous est imposé ? Si oui, par qui… Par nos parents ? Par la société ? Par l’univers ? D’ailleurs, une limite est-elle même forcément quelque chose de concret et d’irréfutable ? Peut-on et doit-on faire la différence entre les limites « tangibles » et celles qu’on « s’invente » ?

Par exemple, je peux à priori avancer sans trop de risques de me planter que le temps est une ressource limitée. Nos journées font 24 heures, nos heures 60 minutes, nos minutes 60 secondes, c’est un fait. A l’heure actuelle, un être humain sur la planète peut espérer vivre en moyenne 80 ans. Soit une ressource définie, mais qui lorsqu’on est jeune, nous paraît inépuisable…

Je lisais il y a peu de temps un article qui a trouvé un profond écho en moi, car il a su mettre les mots sur une situation que je vivais sans tout à fait la comprendre. Cet article qui m’a bouleversée faisait lui-même référence à un autre article, qui mettait en avant le fait que nous traversons 4 étapes plus ou moins bien définies au fil de notre vie.

Par exemple, la première étape est celle qui en quelque sorte nous apprend à fonctionner dans la société, à « rentrer dans le moule » et à faire ce qu’on attend de nous. Ce que nous cherchons à ce moment là de notre vie est simple : la reconnaissance de nos pairs au travers d’un certain conformisme.

Certains d’entre nous resteront longtemps dans cette phase, quand d’autres enverront tout balader dès leur adolescence, mais en ce qui me concerne, cette première étape de ma vie devait durer jusqu’à mes 25 ans. Après un parcours « sans fautes » : études réussies, premières expériences professionnelles en France, belle expatriation au Canada…

… je devais décider il y a un an de ça de tout quitter pour voyager. Un projet qui à la base ne remettait pas totalement en cause la vie que je menais puisque l’idée était toujours de reprendre un travail « normal » à mon retour en Europe 6 mois plus tard. Sauf que les 6 mois se prolongeant en plus d’un an, le papillon que j’étais devais définitivement se libérer de sa chrysalide.

C’est en effet seulement en ce début d’année que je suis rentrée de plein fouet dans la deuxième phase de ma vie. Celle où nous expérimentons, où nous testons nos limites. On se découvre soi-même, on essaye de nouvelles choses, qui parfois marchent, ou parfois ne fonctionnent pas du tout. On fait des erreurs, parfois plus souvent qu’on le voudrait peut-être…

Mais ce qui compte au fond, c’est d’apprendre de ces expériences là. Parce qu’au final, il n’y a aucun mal à se chercher, c’est même naturel et ce serait limite flippant si on savait dès le début où on veut mener notre vie… il n’y aurait alors plus aucune spontanéité ! Cette deuxième étape, c’est l’excitation, l’exaltation de la découverte, ce moment de sa vie où on se sent invincible

Quand le monde s’offre à nous, quelle sensation plus grisante de se dire que tout est possible. J’ai la chance d’être jeune, en bonne santé, sans engagement, sans problème majeur et insurmontable dans ma vie… Alors quand un univers infini de possibilités vous ouvre les bras ainsi, il serait dommage de dire non, vous ne pensez pas ?

Je ne vais pas vous le cacher, vivre ainsi, c’est intense, ça a un goût de liberté si particulier, c’en est addictif. On ne pense que dans l’instant, on veut toujours vivre plus, plus fort, expérimenter encore et encore, ne jamais s’arrêter. Toujours faire mieux, en faire trop, au risque que rien ne soit jamais assez… C’est là tout le problème de cette phase, on a parfois tendance à ne pas savoir où s’arrêter.

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Aujourd’hui, je sais que ce qui me rend heureuse, c’est d’être dans ce processus d’expérimentation : voyager, rencontrer de nouvelles personnes, tester des activités que je n’ai jamais fait jusqu’à là… J’ai une curiosité débordante qui me dévore. J’ai presque l’impression de vivre en décalage 5 ans plus tard ce que j’aurais pu vivre en tant que toute jeune adulte à l’époque où j’étais « trop raisonnable ».

Peu de choses ne me font pas envie, et surtout je n’ai que peu de certitudes. Du moins peu de certitudes sur l’avenir que je souhaite, car si je suis désormais capable de réaliser – de façon un peu égoïste – ce qui est le plus bénéfique pour moi à un instant T, je n’ai pour l’instant pas de rêve ou d’objectif profond vers lequel je tende à terme, si ce n’est d’être heureuse…

… tant et si bien que le bonheur soit une destination et non le voyage lui-même ! C’est là une chose sur laquelle j’ai pu progresser ces derniers mois et années au fil des rencontres éphémères ou plus pérennes que j’ai pu faire. Je suis peu à peu en train de comprendre que ce n’est pas parce que j’ai la possibilité de faire quelque chose que je me dois de le faire.

Il n’est pas ici question de limitations puisque j’ai le choix de faire ce que je veux de ma vie. Je suis libre, et si demain je le veux, je peux autant retourner vivre à Montréal, que partir en trek en Patagonie, aller surfer en Australie ou même revenir vivre en France… Rien ne m’empêche de choisir ce qui me semble le plus à même de me rendre heureuse.

Pourtant, si aucune décision n’est définitive – sauf d’avoir des enfants, mais ça n’est pas vraiment à l’ordre du jour – il y a une chose d’une importance capitale dont j’ai récemment pris conscience. Chaque choix, chaque opportunité qu’on décide de saisir à un coût. Et ne pas vouloir faire de choix ne revient pas nécessairement à laisser plus de portes ouvertes car certaines se fermeront d’elles même au fil du temps.

Malgré tout ce dont on aimerait se persuader, on ne peut pas tout avoir. Notre temps sur terre est limité et c’est pourquoi il arrive à un moment où il faut arrêter de se disperser comme je le fais actuellement et se concentrer sur ce qui compte VRAIMENT. Cela ne veut pas nécessairement dire s’arrêter de voyager en ce qui me concerne, mais voyager différemment peut-être.

Je le ressens, je le vois bien que j’ai encore du mal à me détacher de cette « boulimie » de voyage. Je veux tout voir, tout faire, car je suis encore au début de ce mode de vie. Comme une amie me le disait il y peu, peut-être que j’agis ainsi parce que j’ai toujours peur que ça s’arrête… Ce n’est qu’en faisant la paix avec cette réalité que je dois choisir les rêves qui ont le plus d’importance pour moi que je pourrai peut-être trouver ce que je cherche…

Au final, je pense que très lentement, mais sûrement, je suis en train de faire mon chemin vers la troisième étape de ma vie. Celle où je maximiserai mon potentiel en choisissant de construire quelque chose. Attention, je ne dis pas que présentement je ne construis rien. Au contraire, je crois au plus profond de moi que cette période de ma vie est nécessaire.

Pour l’instant, je ne vois pas le fait d’être girouette et ne pas me sentir encore prête à prendre de « grandes » décisions comme un handicap. Car ce que je construis aujourd’hui, c’est celle que je serai demain… Une personne très chère m’a d’ailleurs dit récemment que je n’étais encore que l’ombre de celle que j’allais devenir.

Peut-être est-ce alors l’affaire de quelques mois, de quelques années pour que je ressente encore plus clairement où sont mes priorités. Je ne sais pas d’avance et j’ai aujourd’hui choisis de m’en remettre totalement à cette belle citation de Jean Jaurès : « Il ne faut avoir aucun regrets pour le passé, aucun remords pour le présent, et une confiance inébranlable pour l’avenir ».

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Je suis heureuse de ce que j’ai vécu jusqu’à aujourd’hui, et je n’oublie aucune de ces relations qui ont tant comptées pour moi et qui même maintenant, restent primordiales à mes yeux. Loin des yeux ne signifie pas nécessairement loin du cœur, d’autant plus que je considère l’amour comme une ressource infinie.

Comme le dit si bien Lane, il y a ceux dont on se détache peu à peu de l’immédiateté qui a fondé notre relation, ceux là dont on accepte que leur vie continue là bas comme pour nous ici, ceux dont on observe le peu de leurs vies que laisse entrevoir le prisme étrange des réseaux sociaux, ceux qu’on choisit de laisser libres de vivre, même si c’est loin de nous, même si c’est sans nous…

… tout en gardant l’espoir que nos chemins se recroisent, dans l’attente de ces retrouvailles où c’est comme si on s’était quittés hier, dans l’attente de les serrer à nouveau dans nos bras, se passant de mots pour se dire « tu m’as manqué, et tu comptes toujours autant pour moi »… (je n’aurais pas trouvé de plus beaux mots moi-même, merci Elodie <3)

Et en attendant ? En attendant je focuse sur le présent. Je ne m’interdis pas de vivre ce que j’ai envie de vivre pour l’instant, mais j’essaye de ralentir, de peu à peu définir mes choix pour tendre vers ce qui est précieux à mes yeux. Parce que « certaines choses sont précieuses parce qu’elles ne durent pas pour toujours », j’essaye de déterminer ce qui est fait pour ne durer qu’un temps.

Parce qu’ « il n’y a pas de limites, seulement des choix », je choisis aujourd’hui de me concentrer sur 3 choses : 1) transformer ce mode de vie nomade en projet de vie à long terme, en créant mon propre emploi géographiquement indépendant, et en faisant le choix de voyager plus lentement pour découvrir ce que c’est que de vivre dans un pays, et non plus de seulement le visiter.

2) ne plus faire de concession sur l’importance de l’activité physique et sociale dans ma vie, me fixer des objectifs à moyen terme et prendre à prétexte chaque endroit que je visite pour tenter d’expérimenter un nouveau sport. Mais garder comme constante mon amour pour la danse folk, en partageant si possible cette passion lors de mes rencontres.

3) rester ouverte aux nouvelles rencontres – car ceux qui compteront demain ne sont peut-être pas encore dans nos vies – mais savoir rester lucide sur les relations humainement enrichissantes et savoir entretenir et construire quelque chose – même malgré la distance – avec ces anciennes relations, avec tous ceux qui quelque part, ont gardé un bout de mon cœur

Globalement ces trois choix convergent vers la décision de ralentir, de faire en quelque sorte le deuil des milles vies dont j’entrevois la possibilité pour me concentrer sur celle qu’aujourd’hui, j’ai le plus envie de vivre au plus profond de moi. Que je sois clairement dans la phase 2 ou en amorce de la phase 3, au fond peu importe. Ce qui compte c’est que je sois en accord avec celle que j’ai envie d’être, celle que j’ai décidé d’être…

7 Commentaires

  1. Je te connais trop peu. Mais suffisamment, surtout en te lisant, que tu préfères la folie des passions à la sagesse de l’indifférence. Si les voyages font partie de tes passions, il ne doit y avoir aucune limite. Elles seront levées. Mais à une condition malgré tout: la tolérance des tout proches pour qu’il n’y ait aucun regret dans le futur car il sera le présent, un jour.
    Avec du cœur surtout, et avec un peu de chance, on peut mettre des couleurs dans sa vie en tenant compte de celle des tout proches. Prendre la bonne direction par la folie orientée est possible.
    Dany

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